Charlotte Geneviève de Gineste de Bouffard-Madiane est mon arrière-grand-mère. 

Ce nom, lui vient de familles du Languedoc qui se sont alliées au cours des siècles ; et qui toutes, ont embrassé la Réforme dès le XVIeme siècle. 

Nos aïeux Huguenots vont se retrouver mêlés aux Guerres de religion, puis à un siècle de luttes politiques, d'intrigues, et de guerres civiles, de la Ligue et la Fronde jusqu'à l'avènement de Louis XIV. 

C’est ainsi que Jean Bouffard de La Garrique se sauve in extremis de la Saint Barthélémy, en 1572. Son fils, Jean de Bouffard Madiane, proche du Duc de Rohan, intime de Marguerite de Béthune, la fille de Sully,  négocie avec Richelieu et Louis XIII, la fin du Siège de La Rochelle. Le protestantisme français est durement touché, et ne s'en remettra pas. 

Jusqu’à la Révocation de l’Edit de Nantes (1685),  la famille peut encore vivre sa foi à visage découvert, surtout près de l'académie protestante de Puylaurens,  avec ses visages illustres,  parmi lesquels Pierre Bayle, le père des philosophes du Siècle des Lumières.

Mais avec Louis XIV, le Roi Soleil, Louvois et le père Lachaise forment le projet fou de convertir un million de calvinistes, avec ses dragonnades, et leurs convertisseurs « bottés ». Six cent mille fugitifs protestants prennent le chemin de l’exil, parmi eux plusieurs ancêtres, qui se réfugient en Suisse, au Danemark, ou en Angleterre, comme Antoinette de Gineste, par exemple,  qui meurt en 1713 à Southampton. C’est une saignée pour la France : ces Huguenots qui choisissent le Refuge, vont emporter avec eux leurs procédés pour l'agriculture, la fabrication des soies, des chapeaux, des draps, des toiles, des papiers, du verre, qui vont enrichir pour longtemps les pires ennemis de la France. 

La plupart de ceux qui restent, comme Henry de Bouffard-Madiane, abjurent officiellement le protestantisme dès l’Edit de Fontainebleau (1685). En réalité, ils adoptent la  position « nicodémite », qui  consiste à nourrir des sentiments protestants, tout en faisant semblant d'être attaché au culte établi, pour éviter les poursuites. Ils courbent la tête sous l'orage, pratiquent la résistance du for intérieur, en attendant le moment de relever leurs fronts : les enfants d’Henri et sa femme Esther de Mordaigne,  par exemple, portent des prénoms « parpaillots » : Samuel, Isabeau, Esther, etc…

Avec l’avènement de Louis XV, ils se prennent à espérer des jours meilleurs. Peine perdue, le souverain aggrave contre eux les sévérités de son arrière-grand-père, en condamnant aux galères ou à la prison, ceux qui sont simplement soupçonnés d'avoir assisté aux offices interdits, les « assemblées du désert ». Dans notre parentèle, on trouve beaucoup de condamnés à mort, mais aussi des « anciens » du séminaire clandestin de Lausanne qui donnera à la France, Paul Rabaut Saint Etienne, défenseur de « la liberté de la pensée et des opinions » dans la Déclaration des Droits de l'homme ; André Jeanbon Saint André, l'homme qui fera adopter le drapeau Bleu, blanc, rouge, et Pierre Durand, frère de Marie Durand, enfermée à la Tour de Constance. 

Un de nos parents est arrêté en même temps que Jean Calas (Affaire Calas), ce protestant roué vif en 1762 pour un crime qu’il n’avait pas commis ; et réhabilité sous la pression de Voltaire qui en tire son Traité sur la Tolérance. 

En novembre 1787, Louis XVI fait paraître son célèbre édit de tolérance, et la persécution, cesse d'une manière légale. La Révolution proclame les Droits de l'homme et affirme, par un décret de l'Assemblée constituante, l'égalité des cultes devant la loi. Mais la Révolution, « étrangère à la vie de Dieu », est grosse d'orages, et bientôt une effroyable tempête se déchaîne sur la France. Le château est pour partie brûlé ; et de  nouveau, certains de nos ancêtres prennent le chemin de l’exil. Paul de Bouffard Madiane, répond à l’appel du prince de Condé de  rejoindre l’armée des émigrés de Worms, sur les bords du Rhin. Enfin, cette fois-ci  les curés, courent les mêmes risques que les ministres de la RPR, la « religion prétendue réformée ».  

Le décret du 3 ventôse an III (21 février 1795) viendra autoriser le libre exercice des cultes.

François, Guillemette et l’épidémie

de Peste de 1563 

 

François de BOUFFARD de la GARRIGUE, Premier Consul de Castres, et son épouse Guillemette de La GARDE de ROTOPOLY, se mettent, eux et leur fortune, au service de la population désespérée. Ils visitent les quartiers de Castres les plus ravagés par l’épidémie, les masures des plus misérables, accueillant sous leurs toits plusieurs de ces malheureux. Ils leur servent à la fois de médecins, de bienfaiteurs et d'amis. Exténués de fatigue, empoisonnés par les miasmes aspirés au chevet des mourants, ils succombent à leur tour. Ils meurent l'un et l'autre glorieusement.

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Ref. "Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français. Edité en 1873

 

Marguerite, la Révolution et la Constitution civile du clergé

 

Au lendemain de la Révolution, les biens du clergé deviennent "biens nationaux". L’année suivante, en 1790, l'Assemblée Constituante adopte la "Constitution civile du clergé", paraphé, la mort dans l'âme, par Louis XVI. Archevêques, évêques et curés seront dorénavant des fonctionnaires élus, payés par l'Etat, donc émancipés de la suzeraineté pontificale. Tous les ecclésiastiques doivent prêter le serment. Les "réfractaires" ou "insermentés", passent dans la clandestinité, comme naguère les pasteurs au Désert. Margueritte de GINESTE de NAJAC (1726-1809), marié en 1750 en Angleterre, à Étienne de Gineste, seigneur d'Appelle

Charles de Gineste-Najac

Philippe de Gineste-Najac

Henry de Gineste-Najac

[1] Antoinette de Gineste morte en 1713 à Angleterre (Southampton)

[2] Leurs huit enfants sont tous nés avant la Révocation de l’édit de Nantes, Esther, leur mère, étant morte trois ans avant, en 1682. Henri mourra en 1709 à Castres.

[3] Né en 1748

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